Réveiller l’intuition du corps face au danger
L’Art de la guerre, c’est la stratégie du faible face au fort, pour conquérir une égalité de puissance.
Pour cette nouvelle création, Lin Yuan Shang s’inspire librement de « L'Art de la guerre », texte du philosophe chinois Sun Tzu, écrit au Vème siècle avant J.C., ainsi que des « 36 stratagèmes » en les adaptant à notre société moderne et à l’Homme dans son quotidien.
Que peut faire l’homme face au danger ? Face à une sensation de danger, floue, mais palpable, le corps réagit à des sentiments divers avec différentes stratégies. La sensation d’une main posée sur l’épaule, un ressenti plus global face à nos sociétés ou simplement la pression de la vie quotidienne... petites choses ou irruptions brutales face auxquelles le corps réagit et se sent subitement vivant.
Comment développer cette faculté d’improviser devant ce danger ? Une improvisation qui tient de l’intuition du corps.
Le corps, au sens oriental du terme, est l’union intime du corps et de l’esprit. Il peut être éveillé, formé, capable de se confronter au réel sous quelque forme qu’il se présente.
Résister, fuir, tomber, se relever, aimer, haïr. Seul ou collectivement. Autant de choix qu’explorent les trois danseurs dans une atmosphère sonore illustrant la présence, l’approche ou même la simple possibilité de la menace.
L’écriture est axée sur la perception du danger et sur les réactions diverses pour y faire face, non sans humour et légèreté. Les scènes s’enchaînent, mettant en exergue les stratégies de chacun face à l’autre mais aussi face à lui-même, pour vaincre. En effet, l’Homme n’est-il définitivement pas le plus grand ennemi de lui-même ?
Chacun des trois danseurs use de différentes stratégies qui rappellent certains des « 36 stratagèmes » : le piège de la belle ; Bruit à l’Est, attaque à l’Ouest (qui fait l’objet d’une petite forme autonome de 30mn) ; Courir est le meilleur choix…
D'une énergie "en forme" des arts martiaux à une énergie "sans forme" de la danse contemporaine. L’énergie intérieure propre au kung fu est extériorisée avec précision et liberté dans l’improvisation, permettant ainsi de développer un nouvel imaginaire des formes et du corps. Elle se matérialise à travers des émotions et des sensations d’humanité donnant à l’abstraction de la danse une certaine théâtralité.
Pour les danseurs, de culture occidentale, la recherche de la maîtrise des arts martiaux se fond dans la danse contemporaine, dans leur danse, de fait métissée et orchestrée par le chorégraphe Lin Yuan Shang, d’origine taïwanaise et formé auprès de maîtres de kung fu.
A l’origine du projet il y a le constat que, plus le monde s’ouvre sur de plus grandes interactions, plus l’individu tend à se refermer sur lui-même, perdant de la dynamique de vie, oubliant le corps. « L’Art de la guerre » aujourd’hui serait de développer le corps comme une arme, mais avec l’unique but de victoire sans la guerre.
L’univers sonore
La musique est composée par Thierry Madiot, performeur du souffle, tromboniste et cultivateur d'expérimentations et d’inventions de sons acoustiques.
Le musicien travaille sur des sonorités qui suggèrent le danger ; il est sur scène avec des sons enregistrés et en improvisation en connexion avec le mouvement dansé.
Le projet artistique se fonde sur une rencontre entre le corps et le son autour de la notion de danger ; l’énergie des mouvements se fait en sonorités. Il se construit par des allers-retours entre la partie chorégraphique et la partie musicale, selon l’imaginaire de Thierry Madiot en lien avec celui de LIN Yuan Shang.
Les instruments sont eux-mêmes fabriqués par le musicien compositeur à partir de son imaginaire selon les idées du chorégraphe. La musique fait résonnance à la danse et vice-versa. En écho à la thématique du danger, certains instruments conçus sont même physiquement dangereux.